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L’indépendant, le 09 juin 2019

J’y étais, à l’atelier mobile de réparation !

« S’ils nous arrivent fréquemment de croiser des gens sympathiques au cours de nos reportages, rares sont ceux qui suscitent d’emblée une réelle sympathie. Et ce fut le cas mercredi après-midi, lorsque je pénétrais d’un air blasé dans la galerie de Géant à Narbonne. Non que le thème ce jour-là soit ennuyeux, bien au contraire, puisqu’il était question d’illustrer la semaine du développement durable par le vélo, mais je pâtissais juste d’une petite baisse de régime. Et là, miracle. Laurent ANNA et Patrick Rouiller ont su toucher en moi une corde sensible. Par leur parcours dans l’insertion, leur regard plein d’humanité, ils m’ont prouvé qu’un vélo n’était pas uniquement un cadre et deux roues. Avec un simple vélo, on peut faire beaucoup. À commencer par moins polluer, mais ça tout le monde le sait. Mais surtout, un vélo, ça rassemble, et les gens sourient au guidon. C’est pas rien !

Patrick, animateur au centre social Nelson Mandela dans une autre vie, avait à l’époque conçu un projet inhabituel. Débordant d’énergie pour le quartier de son enfance, il avait récupéré 30 vélos de la police municipale pour les confier à IDEAL, une association oeuvrant dans le champ de l’insertion. Récupérant 20 vélos en parfait état, il les avait mis gratuitement à la disposition des habitants. Et puis, comme il en avait rêvé petit, il avait bouclé l’avenue Pompidor et l’avait consacrée aux vélos. Une journée dont il parle encore avec les yeux pleins d’étincelles. C’est à IDEAL que sa route a croisé celle de Laurent ANNA, un dingue de vélo qui, après être passé par le rayon vélo d’un magasin de sport, a préféré réparer ce qui pouvait l’être plutôt qu’inciter les gens à acheter du neuf. D’où l’idée de créer une association d’atelier d’entretien de cycle à forte empreinte sociale.

Laurent et Patrick, plantés à l’entrée de cette grande surface, espèces incongrues dans le temple de la consommation, détaillaient avec gentillesse l’entretien d’un vélo aux visiteurs. Parler chambre à air, roue voilée, pompe et cadre rouillé m’a propulsée dans mes 16 ans. Et tout d’un coup a surgi l’envie de redonner une nouvelle vie à mon vieux vélo – Lejeune – qui, depuis des décennies, dort dans mon garage. Une nouvelle chambre à air, deux nouveaux pneus, et le voilà reparti pour une nouvelle jeunesse. Moi aussi j’étais revigorée ! »

L’indépendant | Véronique Durand